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Le Pré-Saint-Gervais
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Suzanne Lacore, l’émancipation des femmes comme combat

Née en 1875 dans une famille de la bourgeoisie limousine, Suzanne Lacore devient dans un premier temps institutrice puis directrice d’école primaire en Dordogne. Dès 1906, elle s’engage dans la Section française de l’Internationale ouvrière (qui prend le nom de parti socialiste en 1969). Seule femme adhérente de la fédération de la Dordogne, elle publie des articles dans le Travailleur du Périgord et, rapidement, prend la tête, avec d’autres, du Comité National des Femmes Socialistes. Très populaire, c’est à elle que songe Léon Blum quand il décide de nommer des femmes dans son gouvernement en 1936. Avec Cécile Brunschvicg et Irène Joliot-Curie (fille de Pierre et Marie Curie), elle est l’une des trois premières françaises ministres en France, alors qu’à l’époque les femmes n’ont ni le droit de vote, ni celui d’être élue. Suzanne Lacore occupe le poste de sous-secrétaire d’État à la protection de l’enfance, entre le 4 juin 1936 et le 21 juin 1937. Durant son mandat, elle prend plusieurs mesures pour améliorer le sort des enfants abandonnés et développe la formation des jeunes salariées, tout en unifiant les dispositifs existants, en étroite collaboration avec Henri Sellier, ministre de la Santé publique. En parallèle, et après sa mandature, elle publie de nombreux ouvrages féministes, dont Les femmes dans l’agriculture qui comporte un avant-propos de Jean Jaurès.

Une présence surtout symbolique

Si la présence dans le Front populaire de Cécile Brunschvicg, Irène Joliot-Curie et Suzanne Lacore représentent une innovation, aucune de ces trois femmes ne prit la parole au Palais Bourbon. Leur participation demeurant surtout un symbole pour Léon Blum : « vous n’aurez pas à diriger mais à animer. Vous aurez surtout à être là, car votre présence seule signifie beaucoup de choses », explique-t-il à Suzanne Lacore. Lorsque le gouvernement démissionne le 22 juin 1937, cette expérience féminine prend fin sans que l’opinion y prête véritablement attention. Il faudra attendre dix ans et la ive République pour revoir une femme ministre. Les Françaises n’obtiendront de droits politiques qu’en 1944, par l’ordonnance du 21 avril. Mais Suzane Lacore reste une pionnière, engagée pour que les tabous tombent, que des voix différentes se fassent entendre et que l’émancipation des femmes progresse.

L’école Suzanne-Lacore au Pré Saint-Gervais
En décembre 1961, débute la construction d’une école maternelle située rue Jules-Jacquemin. Lucienne Noublanche, alors adjointe au maire d’Edmond Pépin, propose le nom de Suzanne Lacore pour la baptiser. Le ministre de l’Intérieur de l’époque s’oppose à cette initiative, arguant que « cette forme d’hommage public n’(est) pas retenue pour honorer des personnalités vivantes ». S’ensuit un échange de courrier qui dure plus de deux ans. La municipalité du Pré Saint-Gervais l’emporte finalement. Le 3 mai 1964, l’école est inaugurée, malgré l’absence de Suzanne Lacore, 89 ans, affaiblie par un deuil, qui fera tout de même parvenir une lettre pour exprimer ses « sentiments de profonde gratitude et de fierté, pour l’amical et grand honneur que (la municipalité lui fait) de songer à donner (son) modeste nom à une école maternelle de (la) ville ». Elle meurt en 1975, à l’âge de cent ans.


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