Le concept de cité-jardins est originaire d’Angleterre. Il s’agit, dans l’idéal, de mêler l’habitat (individuel ou collectif, mais avec des normes d’hygiène drastiques), la nature (jardin privatif ou aménagement paysager de l’espace public), des commerces, et d’inclure la présence d’un équipement (social, culturel, scolaire…). Le socialiste Henri Sellier, conseiller général de la Seine, décide de s’en inspirer et pousse le département à créer son propre Office Public de l’Habitat à Bon Marché en 1915. Sous son impulsion, l’Office HBM de la Seine engage une politique d’acquisition foncière afin de constituer une réserve de terrains pour l’amélioration de l’habitat. La Première Guerre Mondiale fait malheureusement augmenter les prix de l’immobilier et aggrave la crise du logement du fait des destructions massives. Il faudra huit années pour que l’Office acquière les 120 000 m2 pressentis pour la construction de la cité-jardins du Pré Saint-Gervais, des Lilas et de Pantin.
Des plans en harmonies avec le terrain
Terre de villégiature à vocation agricole, prisée par les riches Parisiens au XVIIIe siècle, le Pré Saint-Gervais a profondément changé avec l’industrialisation, devenant un quartier ouvrier. La nécessité de loger une population nouvelle de travailleurs et d’organiser des services en fait l’endroit idéal pour l’implantation d’une cité-jardins de grande ampleur. Irrégulière, très pentue par endroits, la zone acquise se divise naturellement en parties distinctes. Ainsi, les 1 008 logements collectifs et les 243 pavillons prévus par l’architecte Félix Dumail sont répartis en fonction du terrain, pour minimiser les coûteuses mais indispensables fondations. Ces contraintes expliquent le regroupement des pavillons au centre de la composition. La cité-jardins Henri-Sellier fait partie de la quinzaine de cités-jardins construites par l’Office HBM de la Seine.
De l’utopie à la réalité
La cité Henri-Sellier est construite en deux étapes : en 1928, avec les groupements pavillonnaires (56 logements) entourant le square Sellier, les immeubles de l’avenue Jean-Jaurès et de la place Séverine ; puis, en 1931, avec les immeubles collectifs enserrant le stade Léo-Lagrange. L’ensemble se compose de 506 logements et se caractérise par la variété des gabarits des immeubles collectifs en briques rouges.
Les projets des années 1928-1929 prévoient dispensaire, services sociaux, hôtel maternel et théâtre de plein air. Seul un centre de protection infantile est réalisé. Le groupe scolaire Jean- Jaurès est construit entre 1930 et 1934. La Poste complète cet ensemble. Cette cité-jardins propose aussi de nombreux commerces situés en rez-de-chaussée place Séverine, avenues Edouard-Vaillant et Jean-Jaurès, ainsi qu’un magasin coopératif, cher à Henri Sellier, avenue Jean-Jaurès (disparu aujourd’hui).
Les travaux s’achèvent avec la Cité des Pommiers, située sur le territoire de Pantin, et la Cité des Auteurs à Pantin et aux Lilas. Si les plans initiaux faisaient la part belle aux habitations individuelles, au fur et à mesure de la construction et de l’évolution démographique, Sellier et son équipe d’architectes ont dû concéder au logement collectif une part beaucoup plus importante.
La cité-jardins Henri-Sellier, protégée au titre des sites en 1986, est régulièrement entretenue depuis 1998. Propriété de l’Office départemental d’HLM, elle compte aujourd’hui 1 200 logements collectifs et 56 pavillons individuels.