La lettre du Maire

Publié le 25/10/2019

Suite au décès de Kewi Yikilmaz, le 4 octobre dernier à l’issue d’une rixe, le Maire s’adresse aux Gervaisiennes et aux Gervaisiens pour exprimer sa volonté et celle des élu-e-s du Conseil municipal de mettre fin aux violences inter-territoires

Chères Gervaisiennes, Chers Gervaisiens,

Notre ville a été douloureusement ébranlée par le décès du jeune Kewi Yikilmaz, âgé de 15 ans, à la suite d’une violente rixe survenue aux abords d’un établissement scolaire sur le territoire lilasien.

Face à ce drame, nous avons toutes et tous souhaité respecter un temps de recueillement en hommage au jeune Kewi mais aussi en solidarité et en soutien à ses parents ainsi qu’à ses proches.

La colère se mêle à l’inquiétude. Proviseure, principales, professeur-e-s du lycée et des collèges concernés par ce drame sont épuisé-e-s par cette situation qui les contraint fortement dans leur mission première : transmettre un savoir et veiller à la réussite éducative de nos jeunes adolescent-e-s. Les représentant-e-s de parents d’élèves partagent ce constat et soulignent que les parents, à la recherche d’une plus grande sécurité aux alentours et devant les établissements scolaires, envisagent de scolariser leurs enfants dans d’autres établissements.

Et pourtant, je refuse de voir notre territoire condamné à la fatalité : le Pré Saint-Gervais, comme la Seine-Saint-Denis toute entière, n’est pas prédestiné à la violence ou à l’insécurité. Nous sommes un département comme les autres et nous devons disposer des mêmes services publics, accéder aux mêmes chances et espérances. Nous avons le sentiment de ne pas être traité-e-s comme tous les autres territoires, d’être frappé-e-s au quotidien d’inégalités dans l’accès à un certain nombre de services publics. Ici, la moindre démarche s’apparente à un véritable parcours du combattant. Les rapports parlementaires et les missions d’informations argumentant cette réalité sont légion. Et pourtant, la réalité, c’est que nous n’observons aucun changement. Pire encore, d’années en années, nous percevons même une détérioration du service public, notamment celui de l’éducation, pourtant indispensable pour faire de nos enfants de jeunes citoyen-ne-s éclairé-e-s, condition d’une démocratie réellement avancée.

Ce drame, par la douleur et par le sentiment d’injustice qu’il suscite, a provoqué un réel sursaut. Ainsi, de nombreux rassemblements se sont organisés, à l’initiative des représentant-e-s de parents d’élèves, de professeur-e-s ou encore de jeunes, aussi bien sur notre territoire que sur celui des Lilas. Dimanche 13 octobre, près de 1 400 personnes d’ici et d’ailleurs ont marché, dans la dignité et dans le respect, depuis le domicile du jeune Kewi jusqu’au lieu du drame pour lui rendre hommage, ainsi qu’à toutes les victimes de ces violences. Tou-te-s ensemble, dans l’unité, nous avons scandé : plus jamais ça !

Les attentes sont légitimes : plus de moyens et moins de violences. Sachez que la Ville du Pré Saint-Gervais s’engage activement en faveur de la prévention de la violence inter-territoire, avec pour priorité de renforcer la prévention de la délinquance des mineur-e-s et des jeunes majeur-e-s. Outre l’action déployée en matière de tranquillité publique (création d’une police municipale, déploiement d’un système de vidéoprotection), un dispositif de prévention et de médiation en direction de nos jeunes est en cours d’installation. Il mobilise trois agents de prévention et de médiation, en priorité en après-midi et en soirée, sur l’ensemble du territoire de la commune et en particulier aux abords du collège Jean-Jacques-Rousseau. Ce dispositif permettra notamment d’assurer une veille consistant à détecter les facteurs de tension et d’en informer les services compétents en cas de risques pour la sécurité des élèves. Il agira également sur un volet « accompagnement éducatif », en cohérence et en complémentarité avec les actions portées par nos autres services (Éducation, Jeunesse et Sports).

Plus généralement, la Ville du Pré Saint-Gervais œuvre pour faire en sorte que nos jeunes puissent trouver dans leur environnement le plus proche les moyens de s’épanouir et de se responsabiliser, que cela s’opère par les études, l’emploi, les loisirs, des projets personnels ou collectifs. Notre territoire dispose de deux structures fonctionnelles, de proximité, et adaptées aux besoins des jeunes Gervaisien-ne-s, âgé-e-s de 11 à 25 ans. Ainsi, que ce soit en matière d’emploi ou d’insertion professionnelle, de logements ou de santé, l’espace Jules-Jacquemin (dit le Préfa) et le Lieu d’accueil jeunes (LAJ) reçoivent respectivement les 11/17 ans et les 18/25 ans pour répondre au quotidien aux préoccupations qu’elles-ils pourraient exprimer. En outre, d’ici la fin de l’année, un nouvel espace d’envergure, situé au 36, rue André-Joineau, verra le jour et viendra compléter ce qui constitue désormais un véritable service public de la jeunesse.

Parce qu’il faut une prise en charge collective de ce phénomène, la collaboration active que nous entretenons avec le Département de la Seine-Saint-Denis, les Villes des Lilas, de Romainville et de Bagnolet constitue une nécessité. Ainsi, j’ai participé, jeudi 10 octobre, à un Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) dédié à ces questions de violences inter-territoires. Ce CLSPD a eu lieu à Est Ensemble en présence des services de l’État, de la proviseure du lycée Paul-Robert, de la principale du collège Marie-Curie, de la principale du collège Jean-Jacques-Rousseau, des représentant-e-s des parents d’élèves des deux établissements ainsi que du Président d’Est Ensemble et des Maires des Villes des Lilas, de Romainville et de Bagnolet.

Ce phénomène concerne toute la population (parents, jeunes, professeur-e-s, élu-e-s…) et chacun-e peut enrichir le débat en apportant sa part de solution. Afin d’oeuvrer collectivement, un temps d’échange et de travail a été organisé par la Ville du Pré Saint-Gervais le jeudi 17 octobre au préau de l’école Pierre-Brossolette, en présence d’acteurs et d’actrices de la communauté éducative, de parents, de jeunes, de spécialistes des questions de violences inter-territoires, d’autres élu-e-s du Pré Saint-Gervais et de la Ville des Lilas. Il a été décidé, à l’issue de cette réunion, de lancer un groupe de travail portant sur les violences inter-territoires.

En revanche, l’État doit davantage assumer sa part de responsabilité. Nous ne pourrons lutter durablement contre ce phénomène sans son aide : nous devons disposer des moyens matériels et humains nécessaires pour répondre complètement aux besoins de sécurité qu’expriment nos concitoyen-ne-s mais aussi renforcer notre action éducative. Parce que l’action municipale, aussi volontaire et poussée soit-elle, ne peut à elle seule répondre aux attentes et aux interrogations qui sont celles de nos citoyen-ne-s comme de notre corps enseignant. C’est le sens de la démarche que j’ai initiée auprès des ministres de l’Intérieur, Monsieur Christophe Castaner, et de l’Éducation nationale, Monsieur Jean-Michel Blanquer. Outre un renfort attendu en matière de police, nous attendons une implication plus soutenue du ministère de l’Éducation nationale.

Face à une situation exceptionnelle, il nous faut bénéficier de moyens exceptionnels. Et, quand l’État démissionne de ses missions d’éducation, de police ou de justice, c’est la promesse républicaine toute entière qui échoue.

Ma conviction la plus profonde, c’est que notre territoire, par la richesse de sa jeunesse et par la diversité de sa population, porte en lui, plus que jamais, l’espérance et l’avenir !

Laurent Baron
Maire du Pré Saint-Gervais

À lire également

Tout Voir